Pour les plus pressés : A date, c’est la parure formée de 33 coquillages découverte en 2014 dans la grotte de Bizmoune au Maroc qui est le plus ancien bijou connu : elle aurait près de cent-cinquante-mille ans !
« Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés 🎶»… Découvrons le plus ancien collier du monde : un voyage presque irréel dans le temps.
Brigitte Bardot ne croyait pas si bien dire en chantant la Madrague, en 1963. Elle ne pensait certainement pas que ces quelques mots feraient écho à cette parure de coquillages trouvée dans la grotte de Bizmoune, à proximité d’Essaouira, au centre-ouest du Maroc, un merveilleux collier qui aura résisté aux affres du temps…pour réapparaitre en 2014.
Les fameux coquillages étaient bien abandonnés… et depuis près de 150.000 ans pour être exact (c’était sans doute un mardi en fin d’après-midi mais les scientifiques ne sont pas unanimes 😊).
Alors pourquoi je vous parle de ces petites merveilles marines aujourd’hui ? Tout simplement parce que ces 33 coquilles, façonnées à partir d’un gastéropode marin, sont désormais officiellement les plus anciens bijoux jamais découverts.
le plus vieux bijou du monde : une parure de 33 coquillages
Crédit photo : A. Bouzouggar, INSAP, Maroc.
Alors d’accord, ils sont vieux. Mais que disent-ils de nous, ces coquillages qui portent encore des traces d’ocre rouge et qui étaient probablement portés en pendentif ou cousus sur des vêtements ?
Ils témoignent tout simplement de l’existence, chez Homo Sapiens, d’un comportement symbolique très ancien, de la volonté d’affirmer son identité propre, son appartenance à un groupe donné, dans ses échanges avec d’autres groupes. Pour rappel, il y a 150.000 ans, nous Homo Sapiens étions contemporains de Néandertal (un autre groupe humain-250.000 >35.000 ans).
Le bijou est un moyen de communication, une forme de langage reconnu et accepté. C’est une dimension du bijou qui perdure encore aujourd’hui.
Ci-dessous, le portrait d’un des « fashionistas » de l’époque 😊. Ça devait être sympa de le croiser dans une « grotte party ».
Au-delà de cette découverte extraordinaire, les chercheurs ont régulièrement mis au jour des bijoux très anciens, lors de fouilles aux quatre coins du monde. Chaque nouvelle trouvaille repoussant les limites de notre imagination. On peut logiquement penser que de nouvelles fouilles vont surgir des bracelets, colliers ou parures encore plus anciennes…Tout n’est finalement qu’une question de temps.
Vous trouverez ci-dessous un tour d’horizon des principales découvertes récentes des scientifiques. Elles s’étendent sur une très longue (c’est un euphémisme) période et couvrent un très vaste territoire, entre l’Afrique et l’Europe.
Sur les traces des bijoux anciens : tour d’horizon des découvertes récentes.
– 4500 avant J.C. : découverte de 293 tombes près de la ville de Varna, en Bulgarie. Chacune d’elle comprenant des ossements, bien-sûr, mais également de magnifiques bijoux et artefacts en or. Ceci suggère que cette région du monde fut probablement la première à extraire l’or et à le façonner en ornements. En effet, les pièces trouvées dans la nécropole sont très complexes et démontrent une vraie maitrise de l’orfèvrerie. Vous pouvez voir plus bas des représentations d’animaux dont la fabrication nécessite la maitrise de techniques de découpe et de martelage du métal. Nous entrons là dans l’ère moderne de la bijouterie
Représentation d’animaux- véritable travail d’orfèvre
4500 ans avant JC- Nécropole de Varna, Bulgarie
Un peu plus loin dans le passé…
– 50 000 ans : les perles, fabriquées à partir d’œufs d’autruche, découvertes en Afrique Australe. Abondantes et remarquablement uniformes en taille et en forme, elles témoignent de la présence d’une pensée conceptuelle avancée, d’un sens du design sophistiqué chez leurs premiers créateurs humains. Les chercheurs ont découvert qu’entre 50 000 et 33 000 ans, les populations d’Afrique orientale et australe utilisaient des perles presque identiques. Ceci suggère qu’un réseau social de plus de 3 000 km reliait autrefois les habitants des deux régions. Fascinant , non ?
Perle en oeufs d’autruches- Afrique australe -50.000 ans
©Hans Sell
– 70 000 ans : le superbe bracelet en chlorite, découvert en Sibérie. Il a été façonné par les Dénisoviens, une espèce humaine éteinte, plus ancienne et génétiquement distincte des Néandertaliens et des Homo Sapiens. Ce bijou, d’un vert profond, devait avoir une signification cérémoniale prouvant, une fois de plus, que l’Homo Sapiens n’était pas le premier Homme à attribuer une signification symbolique aux objets.
Bracelet en chlorite – Sibérie -70,000 ans
Bijou Dénisovien
– 100 000 ans : les perles en coquillage découvertes à Skhul Cave, une grotte située sur le Mont Carmel, en Israël. Leur mise au jour confirme l’existence d’échanges commerciaux entre groupes humains. En effet, ces perles, percées en leur centre (probablement pour être enfilées comme un collier ou un bracelet), étaient fabriquées à partir d’escargots de mer. Or, l’océan le plus proche se trouvait à près de 200 km ! Leur présence est donc très certainement le fruit de la rencontre entre la population locale et d’autres « tribus ».
Perles d’escargots de mer – 100,000 ans – Israël
Crédit : Marian Vanhaeren/Francesco d’Errico
– 130.000 ans : Découvertes en 1889 sur le site de Krapina, une grotte située à 50 kilomètres de Zagreb, en Croatie, ces serres d’aigles auraient été fabriquées par les Néandertaliens, il y a 130.000 ans. Les marques de coupes, de polissage et d’abrasion suggèrent, en effet, que ces griffes auraient été modelées pour être transformées en bijoux. Pour l’heure, les scientifiques n’ont pas pu établir si ces serres faisaient partie de colliers ou de bracelets. Cette découverte révolutionne la façon dont nous comprenons l’évolution de notre espèce. C’est bien la preuve que l’homme de Néandertal était capable de pensée sophistiquée et symbolique et, surtout, d’attribuer une valeur à l’esthétisme, tout comme ses contemporains, les Homo Sapiens.
Griffes d’aigles transformées en bijou – 130,000 ans – Croatie
Crédit photo : S.Aquindo – L.Mjeda
– 150.000 ans : « Sur la plage abandonnée, 33 coquillages et crustacés… »
Voilà, la boucle est bouclée. Nous sommes remontés aux confins de l’histoire du plus ancien bijou connu, comme le témoin intime de notre Histoire (avec un grand H).
Cette petite histoire du bijou dans la grande histoire de l’humanité nous conforte dans l’idée que, dès que l’homme a su façonner des objets (des outils, des armes), il a voulu laisser des traces concrètes de son imagination. C’est donc tout naturellement qu’il commence à créer des ornements.
Plus tard, vers 45.000 ans av. J.C., il se laissera aller à d’autres formes d’Art, dont la peinture figurative… comme ce cochon peint à l’ocre rouge dans une grotte de l’île de Sulawesi, en Indonésie.
Peinture rupestre – 45,000 ans- Indonésie
Crédit : Maxime Aubert
Mais revenons à nos 33 coquillages. Leur symbolique va plus loin que le simple ornement ou embellissement. En fait, le bijou fabriqué par nos ancêtres du paléolithique est à envisager comme un message, le témoin d’un langage, l’affirmation d’une appartenance à un groupe d’individus (des nomades) qui voulaient être reconnus et identifiés par les autres groupes. Sans doute l’expression d’un pouvoir, de la richesse du groupe…
En cela, je constate que peu de choses ont évolué depuis, même s’il est rare de nos jours que l’on chasse son sanglier à mains nues pour le frichti du dimanche midi 😊 avec la belle famille.


