Le Komboloi grec pour les plus pressé(e)s
Le komboloï est un chapelet traditionnel grec, sans connotation religieuse, composé de perles de différents matériaux comme l’ambre, le bois, le corail, la bakélite etc… Les perles, généralement en nombre impair (17, 19, 21 ou 33) sont enfilées sur un cordon. On le fait tourner et glisser entre ses doigts avec fluidité et grâce, essentiellement pour se détendre et passer le temps.
Le terme Komboloï vient du grec ancien : Komvos (noeud) et Logio (collection) ce serait donc une collection de noeuds. Une autre origine est parfois avancée, celle de la phrase « à chaque noeud (combo), je dis une prière (logo) ». Ici, la terminaison « -loï » viendrait de logos (le mot, la prière).
Le komboloï incarne l’essence de la culture grecque aux innombrables influences. C’est un objet complexe à la fois symbole de liberté et de reconnaissance, un accessoire de mode, un objet de méditation, de patience et de loisir. Il reste par dessus tout un marqueur fort de la tradition grecque qui rayonne aujourd’hui au delà des frontières de Grèce et occupe une place de choix dans les bijouteries et les musées. Nous devrions toutes et tous avoir un Komboloï sur nous!
Perles de corail, d’ambre, de corne, ivoire, Bakélite…le choix des matériaux pour chaque Komboloï est très large.
Avez-vous déjà entendu ce petit cliquetis lors de votre dernier voyage en Grèce? : Clic….cloc… clic….cloc! Clic, clic, clic, clic, clic, clic…Cloc!
Ce cliquetis est reconnaissable entre mille. Dans ce petit ouzeri (taverne où l’on sert des mezzés et de l’ouzo, parfois plus…) de Pagrati (un quartier d’Athènes), mon voisin de table vient de sortir son Komboloï traditionnel en perles d’ambre, un des nombreux – et magnifiques – chapelets grecs qu’il possède et qui ne le quittent jamais. L’objet, un vrai bijou, virevolte entre ses doigts avec dextérité et sur un rythme effréné.
Le son est familier, le mouvement de la main discret et sec. L’accessoire est totalement à sa place au milieu des petites tables en bois couvertes d’assiettes débordant de mezzés, des chaises en osier (inconfortables à souhait), le tout enveloppé de Rebétiko (le blues des grecs d’Asie mineure, dont les textes regorgent d’histoires d’amour déçues et de paradis artificiels). Cela fait un peu cliché je l’avoue… et pourtant, c’est un de mes souvenirs récents que je partage avec vous.
Cela peut surprendre, mais je ne conçois pas un moment convivial sans entendre ce petit son, celui des perles en forme de petit rouleaux qui s’entrechoquent avec une régularité… suisse. Il me rassure, me calme.
Vous l’aurez compris, aujourd’hui je vais vous parler du Komboloï, ce chapelet traditionnel incontournable du paysage Grec. Vous n’avez pas pu passer à côté si vous avez récemment visité la Grèce.
Ensemble, nous remonterons aux origines du Komboloï grec, nous verrons comment se servir de ce chapelet traditionnel et si moderne, nous verrons comment il est fabriqué, quelle est sa place dans la tradition grecque, une simple coutume, un loisir méditatif, un jeu de patience ou un objet de collection contemporain qui se réinvente sans cesse au contact de son propriétaire, qu’il soit homme ou femme d’ailleurs. Nous verrons aussi comment choisir son Komboloï? Et nous finirons par explorer rapidement sa place dans le paysage artistique du pays.
Nous allons voir tout cela. Je vous souhaite un excellent voyage!
Et comme toujours pour les plus pressé(e)s, je vous ai préparé un résumé au début de cet article.
Le Komboloï grec, un objet à collectionner
Les origines du Komboloï
Bon, on ne va pas se mentir, le komboloï ne date pas d’hier et il n’est pas grec… enfin, pas tout à fait. Mais reprenons depuis le début.
Le Komboloï c’est d’abord un collier de perles naturelles (le plus souvent). Mais enfiler des perles n’est pas une tradition exclusivement grecque! (j’entends d’ici les mauvaises langues).
La perle, ce petit objet rond, parfois carré ou cylindrique, a de tous temps eu une place importante dans nos vies. Symbole d’unité et d’éternité mais également de beauté et de richesse, la perle a toujours fasciné : une succession de perles sur une simple lanière de cuir et vous étiez protégé du mal, vous chassiez les mauvais esprits, les maladies et vous aviez l’oreille attentive et bienveillante de votre dieu.
S’il est certes enraciné dans la culture grecque et plus largement méditerranéenne, son histoire remonte loin… très loin. Certains scientifiques le datent à l’antiquité, sans que rien ne soit formellement établi mais, ce qui est sûr, c’est que chez les Incas et les Mayas, par exemple, les chapelets de perles existaient. Ils avaient semble-t-il le même rôle de protection. Il en était de même chez les indiens, qui transforment la succession de perles en calculatrice à prières. En effet, vers 500 après JC, apparaissent chez les hindous et les bouddhistes les premiers chapelets de prières appelés « Malas ». Chaque perle représente un Mantra, un mot sacré répété lors de la méditation. Les tibétains utilisent un chapelet de 108 perles, qui correspondraient aux plaisirs terrestres recensés… (je n’ai pas la liste mais c’est plutôt pas mal). Les matériaux utilisés sont plutôt le bois de santal ou les graines de lotus, parfois le corail quand il était accessible.
Mais revenons plus près de nous. Les musulmans utilisaient des « Desbich » ou « Tesbih », des chapelets de 99 perles, pour chaque prière, qui seront ensuite ramenées à 33, à égrener 3 fois dans la journée.
Pendant la domination Ottomane, ce chapelet de 33 perles devient un véritable marqueur social, les plus riches pouvant arborer des chapelets d’ambre, d’or, de résine naturelle (la masticha) et ainsi marquer leur différence de statut avec la plèbe qui manipule des perles de moindre valeur, souvent en bois.
Les grecs s’approprient cette coutume de l’envahisseur et transforme ce chapelet à connotation religieuse en objet de revendication politique et culturelle : Le Komboloï est né.
Les Grecs sont donc passés des chapelets turcs de perles de prière serrées au komboloï et ses perles espacées, symboles de liberté et d’identité nationale. Le Komboloï deviendra, avec le temps, un moyen de divertissement et de relaxation mais aussi un accessoire de mode original, mélange de spiritualité, de tradition et de style…
Le Komboloï est incontestablement l’un des symboles de la culture grecque contemporaine. Il a pris son essor moderne à Santorin ou Mykonos, mais aussi bien Athènes et la Crète. Depuis, sa popularité ne cesse de croître. Grâce – entre autres – à la diaspora grecque et au tourisme philhellène, le Komboloï a désormais une notoriété internationale. Il a aujourd’hui toute sa place non seulement dans les musées mais surtout dans les collections des créateurs de bijoux contemporains qui aiment sublimer son côté ethnique.
Pour résumer, le Komboloï n’est pas seulement un chapelet de perles que l’on triture sans relâche pour se calmer ou apprendre la patience : c’est avant tout une illustration de l’incroyable richesse culturelle et artistique grecque, véritable reflet des innombrables influences (perses, byzantines, ottomanes) qui ont laissé leur empreinte dans ce pays depuis des millénaires.
Le komboloï serait-il un objet politique ?
L’appropriation du chapelet sous sa forme finale par la population grecque se fait sous la période de domination Ottomane, qui a duré presque 500 ans (milieu du 15ème siècle jusqu’au début du 20ème). En signe de résistance, les grecs reprennent les codes du chapelet musulman mais libèrent les perles (à défaut d’être libres eux-mêmes) en laissant de la place entre chacune d’elles. Le komboloï pouvait tourner dans la main… et les grecs ne s’en privaient pas. Cette gymnastique de la main et des doigts a été considérée comme un moyen de lutter contre l’oppresseur, un symbole de liberté et de reconnaissance culturelle. En gros, s’approprier une tradition pour la faire sienne en l’adaptant à ses habitudes de vie. Le Komboloï pourrait donc bien être considéré comme une arme politique à l’époque.
Vous voyez, ces quelques perles ont beaucoup à nous apprendre.
Une des créations à découvrir dans la boutique
Comment fabriquer un Komboloï ?
Le Komboloi est un chapelet composé de perles ronde, ovales, carrées ou en forme de tonneaux miniatures, alignées sur un fil solide de coton, de soie torsadée ou de cuir, terminé par une perle de forme et de taille différente, appelée « Pappas », et souvent prolongé d’un pompon dit « founda » qui peut être en coton, en soie ou en fils d’argent… Les « foundator » étaient d’ailleurs des artisans réputés pour leur savoir faire ancestral.
Le Komboloï avec le pompon, la fameuse « founda », est considéré comme le komboloï du puriste.
Mais il est vrai qu’aujourd’hui seul l’équilibre visuel, la cohérence et l’élégance globale de l’objet importent, quelles que soient les finitions apportées, et cela au grand dam des « traditionalistes ». La founda n’est donc plus au centre des préoccupations des amateurs de Komboloï (même si je trouve toujours cette finition très jolie).
Vous l’avez compris, fabriquer un komboloï digne de ce nom consiste à choisir le nombre des perles, leurs formes, leurs couleurs et leurs matières. Accessoirement, il faut déjà avoir en tête la finition, avec ou sans pompon.
Les versions fantaisies en perles synthétiques sont souvent très bien faites et ont l’immense avantage d’être beaucoup plus accessibles évidemment. Mais, si vous en avez les moyens, rien ne vaut la palette de couleurs des matières naturelles : le rouge du corail, le vert du jade, l’ambre et sa couleur miel, le bleu de la turquoise, le noir de l’onyx ou encore la nacre irisée… j’en oublie bien sûr.
La forme des perles du Komboloï a aussi son importance : en cube, en tonneau, ronde ou ovale… les variations sont nombreuses. Personnellement, je préfère les tonneaux mais tout est histoire de goût.
Enfin, la taille et le poids des perles : de quelques millimètres à plusieurs centimètres de circonférence (ces dernières étant plus destinées aux komboloï décoratifs, dits de table ou à poser…) comme ceux que je vous propose, comme le chapelet en perles de céramique Elpis ou le komboloi en perles de savons bios Kyanos
A présent, vous en savez plus qu’il n’en faut pour choisir le komboloï idéal, celui qui ne vous quittera plus.
Équilibrer les éléments
Laisser une paume de libre
La main passe
Dernières vérifications
Comment se servir d’un komboloï ? Apprenez à manipuler votre chapelet comme un grec!
Ne vous faites pas de noeuds (vous l’avez?) au cerveau : il n’y a pas de compétition de Komboloï, donc on respire et on fait comme on le sent…
Normalement cela vient naturellement, les perles vont glisser entre vos doigts et vous apprivoiserez tout doucement les contours de votre Komboloï, son poids, sa longueur, son bruit très personnel. Vous allez ensuite faire des allers retours entre vos doigts, en faisant tourner une partie du chapelet à droite puis à gauche de votre main… vous verrez cela vient tout seul. N’hésitez pas à jeter un oeil à la video que j’ai réalisée – et que vous pouvez retrouver sur la chaine Youtube de Photyne – ainsi qu’à l’illustration ci-dessous.
Enfin, si jamais vous avez un ami grec à proximité, ou que vous vous trouviez en Grèce, observez les jouer avec leur Komboloï et vous verrez, vous allez vite prendre le pli.
Sachez seulement qu’il y a deux manières de faire danser votre komboloï : la façon sonore et la façon plus… discrète, selon l’endroit et l’état d’esprit dans lequel vous vous trouvez.
La sonore, c’est la version plus « impressionnante » et qui génère des claquement vifs. Aucun problème pour en faire la démonstration en jouant au tavli (le backgammon grec) ou dans un bar avec des amis. La version plus discrète qui consiste à faire doucement glisser les perles entre vos doigts est plus adaptée pour les endroits où il faut faire preuve de… discrétion.
C’est avant tout un loisir, un moyen de se relaxer, il faut donc veiller à ce que l’environnement soit propice à son expression. Évitez les salles de cinéma ou de théâtre, les transports en commun…
Rien que du bon sens.
Comment se servir d’un Komboloï?
La méthode « sonore »
Pourquoi acheter un Komboloï ?
En plus d’être une excellente idée cadeau, le genre de présent qui l’on n’oublie pas, c’est aussi pour ses avantages que l’on devient propriétaire d’un Komboloï. En effet, comme tout objet qui occupe nos mains, le komboloï est un excellent moyen de maitriser ou de canaliser ses émotions : l’impatience, l’inquiétude, le trac, la timidité s’évanouissent quand vous jouez de votre komboloï. En tout cas, cela me fait cet effet là. La manipulation du Komboloï permet aussi de lutter contre ses mauvaises habitudes : fumer par exemple. Il est établi que manipuler son komboloï est un bon moyen de ne pas craquer quand le manque de nicotine se fait sentir… (d’ici à ce qu’il soit remboursé par la sécurité sociale, il n’y a qu’un pas…🙂)
Mais le Komboloï est surtout un superbe objet, presque poétique. Il s’agit, selon moi, d’un véritable accessoire de mode dont la « danse » est hypnotisante. Quand vous arborez un Komboloï, vous affirmez votre goût pour le beau, le rare, l’insolite et l’originalité.
Comment reconnaitre un komboloï en ambre véritable? Comment ne pas se tromper en achetant un komboloï en ambre?
Lorsque l’on veut s’offrir ou offrir un komboloï composé de perles d’ambre, le prix dépasse souvent les 300-500 euros… Il vaut mieux ne pas se tromper.
Je vous donne mes petites astuces pour éviter de vous faire avoir par des marchands un peu trop prompts à transformer le plastique en ambre… car la ressemblance est parfois bluffante.
La chaleur : quand vous touchez une perle d’ambre, elle est toujours tiède, jamais froide.
Le poids : l’ambre est un matériau léger (mais cela ne vous aide pas à le différencier du plastique).
L’ambre flotte dans l’eau salée (bon, là aussi, le plastique peut flotter).
Le feu : l’ambre ne fond pas si vous l’approchez d’une flamme.
L’odeur : une fois la perle d’ambre chauffée, vous noterez une forte odeur de pin. (Vous pouvez aussi les frotter énergiquement entre vos mains, cela marche aussi)
Je vous conseille de cumuler plusieurs de ces critère pour être à 100% sûr(e) de votre achat. Et surtout, n’achetez vos komboloï précieux que dans des boutiques réputées.
Perles d’ambre véritable
Couleur miel et superbe transparence
Comment choisir son Komboloï quand on débute ?
Comme toute nouvelle activité, que cela soit pour vous ou si vous souhaitez faire un cadeau à un(e) ami(e) ou amoureux(se), il faut parfois prendre quelques facteurs en considération. Il faut faire attention au poids, à la taille, mais aussi au matériau utilisé.
Le poids et la taille des perles : Il faut qu’elles vous conviennent, ni trop grosses, ni trop lourdes (sauf pour les chapelets décoratifs comme Elpis ou Kyanos par exemple). Si vous le pouvez, soupesez le chapelet, il doit venir agréablement se lover dans votre paume.
Faites aussi attention au nombre de perles : il faut toujours préférer un nombre impair pour obtenir un équilibre idéal pour ce que j’appelle la « danse » du Komboloï.
La paume sans perles : faites attention à ce que la partie du cordon qui reste sans perles soit de la largeur de votre paume ou idéalement de la largeur des quatre doigts autour desquels le komboloï tournera, cela facilite le mouvement.
Le matériau utilisé : pour débuter, privilégiez les perles en plastiques, plus légères et moins onéreuses. Ainsi, vous ne risquez pas d’abimer votre komboloï tout neuf si vous le laissez tomber à répétition pendant votre apprentissage.
Les Komboloi en bakélite, en os ou en corne (comme mon Komboloi Noir) sont très résistants et ont un poids idéal. Ils produisent un son magique lors de leur manipulation.
A vous de choisir!
Le Komboloï, un symbole traditionnel au coeur de la musique grecque.
Le komboloï est un symbole culturel qui a largement inspiré les artistes grecs. Si vous voulez aller plus loin, vous pouvez, en plus des fameux Rembetika, ces chansons que l’on appelle aussi le blues grec, regarder et écouter du côté des interprètes populaires, comme Bithikotsis, Dalaras, Rita Sakelariou, Viki Moscholiou et j’en passe. Je voulais réunir ici quelques vers de ces chansons. Vous les trouverez sur toutes les bonnes plateformes.
Titre : « Perles sur ton Komboloï » interprété par Georges Dalaras
[…] Αχ να ‘μουν στο φουστάνι σου, κουμπί μαλαματένιο, χάντρα στο κομπολόι σου, το μαργαριταρένιο […]
Ah, si j’étais sur ta robe, Un bouton de nacre, Une perle de ton Komboloï, Celui en perles de nacre
Titre : « Il manque des perles à mon komboloï » interprété par Rita Sakellariou
[…] Απ’ το κομπολόι μου, λείπουν κάτι χάντρες, και το καλοσκέφτηκα να κρεμάσω άντρες.[…]
Sur mon komboloï, il manque quelques perles, et j’y ai bien réfléchi,je vais y accrocher des hommes. » (Charmant jeu de mot entre Andrès (hommes) et Chandrès (perles).)
Titre : « Le komboloï » interprété par Viki Moscholiou
[…] Θέλω στα χέρια μου να σ’ έχω κομπολόι, κάθε σου ελάττωμα σαν χάντρα να χτυπά, κάθε σου ντέρτι να είναι αγάπης μοιρολόι, τη λαβωμένη την καρδιά μου να τρυπά […]
« Je veux t’avoir dans mes mains comme un komboloï, Chaque défaut en toi frappe comme une perle, Chaque chagrin devient un chant d’amour, Perçant mon cœur blessé »
C’est plutôt beau non? J’espère que ce tour d’horizon du Komboloï vous aura donné envie de prolonger l’expérience pourquoi pas en achetant votre chapelet personnel…je connais d’ailleurs une excellente boutique pour çà! 😉
Comme toujours, n’hésitez pas à laisser vos commentaires si vous avez trouvé cet article intéressant. Cela m’encourage à continuer à écrire pour vous.











