Le tannage du cuir en Crète : tradition et savoir-faire unique

Rouleaux de Cuirs de vachette utilisés pour les sandales - Photyne

 

La Canée (Chania), sur l’île de Crète, est habitée depuis l’époque néolithique et la ville actuelle s’est construite sur de nombreuses couches de civilisations antérieures. Les Vénitiens qui ont occupé la Crète du 13ème au 17ème siècle ont laissé des marques visibles (la vieille ville et le Port), mais il y a également de nombreux signes des occupations turque ou égyptienne, plus récentes, comme la Mosquée ou les bains ottomans. Sans oublier la civilisation Minoenne dont les vestiges font encore l’objet d’un nombre important de fouilles.

Dans ce millefeuille d’architectures et d’influences, le quartier de Tabakaria vaut le détour. C’est l’un des plus pittoresques de la Canée puisqu’il a été pendant près de 2 siècles le siège de toutes les tanneries de la ville. Son nom provient du mot turc « tabak » qui signifie tannerie. C’est le quartier historique de la tannerie en Crète.

Vue sur le port de la Canée - Photyne

La Canée – Crète

Vue sur le port

Quartier des tanneurs Tabakaria - La Canée - Photyne

Tabakaria – le quartier des tanneurs crétois

Aujourd’hui

Tabakaria - quartier des tanneurs en Crète - Photyne

Tabakaria, le quartier des tanneurs crétois

La Canée

Les premières tanneries de La Canée : atouts naturels et main d’œuvre bon marché et qualifiée.

Les premières tanneries ont vu le jour entre 1830 et 1840 dans ce quartier idéalement placé par rapport au centre-ville de la Canée : assez près pour faciliter le transport des produits finis vers les commerçants et assez loin pour que l’odeur de la transformation des peaux n’incommode pas les habitants.

Situées le long d’une côte rocheuse pas très profonde, les tanneries ont profité de certaines particularités géologiques. Les nombreuses piscines d’eau de mer qui s’y sont formées au cours des millénaires constituent des bassins naturels parfaits pour y immerger les cuirs lors de l’étape du 1er trempage. Le sous-sol, lui, est riche en gisements souterrains d’eau douce indispensable au traitement ultérieur des peaux.

Ces différents atouts naturels, combinés au faible coût de la main-d’œuvre issue des quartiers pauvres attenants, ont contribué au développement du travail du cuir. En effet, la plupart des habitants du faubourg voisin de Koum Kapi travaillaient de façon précaire comme ouvriers non qualifiés sur le Port de la Canée. Pour beaucoup d’entre eux, les tanneries ont représenté un emploi sûr et une source de revenus stable permettant d’échapper à la pauvreté.

illustration de tanneurs au travail - blog photyne

Les tanneurs au travail

Gravure du 18ème siècle

Les tanneries crétoises : après l’âge d’or… le déclin.

Les articles en cuir issus des tanneries de Tabakaria ont rencontré un succès commercial tel que de plus en plus de manufactures s’y sont installées au fil du temps. On estime qu’elles étaient près de 80 à l’apogée de leur activité. La Canée est ainsi devenue un centre de production reconnu, jouissant notamment de contrats d’approvisionnement avec l’armée et exportant dans toute l’Europe.

Malheureusement, cette prospérité n’a duré qu’un temps. Le déclin de ce véritable petit centre industriel a débuté pendant la brève occupation allemande de l’île au cours de la seconde guerre mondiale. En effet, les Allemands ont importé en Crète des machines modernes de traitement du cuir qui ont rendu le travail artisanal obsolète et dépassé. A la libération de la Grèce en 1945, seules quelques tanneries traditionnelles avaient résisté à cette modernisation au pas de course. En 1970, elles avaient presque toutes mis la clé sous la porte.

Tannerie crètoise - Atelier - Photyne

Les artisans tanneurs de la Canée: un savoir-faire unique

Les tanneries en activité aujourd’hui sont rares.

Les tanneries crétoises aujourd’hui : les Gardiens d’un Savoir-Faire Ancestral quasi disparu.

Aujourd’hui, elles ne se comptent plus que sur les doigts d’une main. Derniers témoins d’une splendeur passée, au milieu d’un quartier peuplé de squelettes d’anciennes usines, de bâtiments vides et de vieilles machines, ces quelques entreprises familiales (à peine une vingtaine de salariés !) continuent farouchement de travailler de façon artisanale.

Ces techniciens hautement qualifiés, spécialisés dans les cuirs de vachette, de chèvre et d’agneau, perpétuent les méthodes de travail ancestrales, transmises de génération en génération. Gardiens d’un savoir-faire d’exception, ils ont renoncé au tannage chimique des cuirs au profit du tannage végétal.

Il s’agit du procédé naturel le plus ancien mais aussi le plus lent et le plus contraignant puisqu’aucun produit chimique n’est utilisé, ni chrome, ni métaux lourds. Seuls les tanins végétaux, issus de plantes, écorces et baies entrent dans le processus de traitement du cuir.

Tannerie crètoise - détail de facade - la Canée - Photyne

Une ancienne tannerie et son balcon sur la mer

Les belles bâtisses d’antan ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes

Comment tanner une peau pour en faire un cuir doux et élastique ?

Traditionnellement, à Tabakaria, les peaux étaient trempées dans les piscines d’eau de mer pendant quelques jours. Le but était de les faire gonfler pour de faciliter le nettoyage des chairs et des poils et d’éliminer les impuretés.

Puis, elles étaient rasées sur l’endroit et grattées sur l’envers afin d’éloigner la graisse restante.

Ensuite, elles étaient immergées dans un mélange d’eau et de tanins végétaux (extraits notamment de chênes et de pins) jusqu’à l’obtention de la texture et de la teinte de cuir voulue.

Les peaux étaient alors pendues à des crochets et séchées à l’air ambiant avant d’être huilées.

Enfin, elles étaient lissées et débarrassées de leurs plis disgracieux, prêtes à être commercialisées.

Les tanneurs exerçant aujourd’hui à Tabakaria sont restés fidèles à cet héritage. Bien-sûr, leur outillage a évolué et leurs conditions de travail se sont améliorées, mais les grands principes qui guident leur métier restent les mêmes : les ingrédients naturels nécessaires et les temps incompressibles à la production d’un cuir de haute qualité.

Tiraillés entre la préservation des techniques ancestrales et les défis liés à une économie moderne et mondialisée, ils ont su trouver le parfait équilibre. Je vous assure, tout cet engagement et cet amour du travail bien fait se voit quand on tient entre ses mains le cuir qui servira à la confection d’une sandale… sandale, vous avez dit sandale ? 😀

Cuir de vachette pour sandales en cuir Photyne

Peaux tannées

Le cuir est prêt pour la confection

Sandales Photyne fabriquées avec du cuir de la Canée

Souplesse, confort, résistance et bien entendu style.

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